Wonder Man, la moëlle et le masque
- bjullian

- 15 févr.
- 2 min de lecture

Je plante ma fourchette dans le petit écran de Disney+ avec l’appétit des curieux. Nouvelle pépite Marvel, me dis-je. Une de plus dans la vitrine clinquante du MCU. Et pourtant… dès la première bouchée, quelque chose déraille. Ce n’est pas un plat industriel. C’est un trompe-l’œil. Une illusion bien dressée qui fond autrement sous la langue.
Simon Williams est un acteur hollywoodien en devenir. Il attend son heure comme on attend que l’eau bout. Lors d’une rencontre avec Trevor Slattery — comédien au crépuscule, vestige d’un rôle trop grand pour lui — il apprend que le mythique réalisateur Von Kovak prépare le remake de Wonder Man. Jusque-là, recette classique.
Sauf que le plat cache son ingrédient principal.
Simon est un super-héros. Un vrai. Mais il préfère porter les masques du théâtre plutôt que celui, trop lourd, de la vérité. Il postule pour incarner à l’écran ce qu’il est dans la vie — précisément ce qu’il refuse d’être. Un héros qui ne veut pas l’être. Un acteur qui joue un acteur jouant un héros qu’il est déjà. Mise en abyme servie saignante.
Et bien sûr, il obtient le rôle.
Car le cœur du festin n’est pas l’action, mais l’imposture. Celle que tout artiste connaît. Ce moment où l’on frappe à la porte d’un monde qui semble nous avoir oubliés. Où l’on doute d’être à sa place, même lorsque la lumière nous éclaire enfin.
La série ne parle pas de super-pouvoirs. Elle parle d’identité.De cette peau qu’on n’a pas choisie.De ce costume qu’on refuse d’endosser.
Sous ses airs de production Marvel, Wonder Man dissèque l’industrie qui l’a engendrée. Le MCU devient son propre miroir : fabrique à héros, usine à mythes, machine à rentabiliser l’extraordinaire… tout en révélant l’humain derrière le logo.
Portée par un duo d’acteurs d’une sincérité désarmante, la série avance sans fracas. Caméra réaliste, dialogues fins, humour discret : ici, le spectaculaire se fait pudique. Le véritable combat est intérieur.
À mesure que Simon accepte de se dépouiller — de ses doutes, de son syndrome d’imposteur, de la peur du regard — il cesse d’être un produit. Il devient un geste. Une décision.
Car comme le murmure l’un des personnages :ce qui compte n’est pas ce que tu es, mais ce que tu fais.
Alors devant cette série inattendue, il faudra peut-être poser la fourchette. Cesser d’attendre qu’on nous serve une énième explosion numérique. Accepter de goûter autrement.
Wonder Man ne se dévore pas : il se laisse infuser.
Et lorsque l’assiette est vide, il ne reste pas un héros parfait, mais une question suspendue :et nous, que faisons-nous de ce que nous sommes ?



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