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4211 km de Aila Navidi au Théâtre Marigny

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

4210, 4211… C’est avec moins de kilomètres que mes pas ont parcouru Paris pour rejoindre le théâtre Marigny, mais avec autant de kilomètres d’émotions que mon corps a couru. Alors j’utilise mes quelques gouttes de sueur sensible pour saisir ma plume et vous raconter une histoire d’amour. Amour pour un pays, amour pour une famille, amour pour une patrie. Une histoire d’amour, tout simplement.




Sans son histoire, qui est-on ?


Un déraciné qui erre pour comprendre. La protagoniste répète à juste titre : « Si ma fille ne porte pas mon nom, mon histoire s’éteint avec moi. » Me voilà alors plongée dans le plus beau des questionnements : quelle porteuse d’histoires suis-je ?


4211 km, c’est la distance entre Paris et Téhéran. Celle parcourue par Mina et Fereydoun, venus d’Iran pour se réfugier en France après une révolution qu’on leur a volée. Leur fille Yalda, née à Paris, devient la narratrice de cet exil intime et politique. Elle raconte le combat pour la liberté, l’amour d’un pays que l’on porte encore en soi, et l’espoir d’un retour qui ne cesse jamais vraiment. Entre deux mondes, elle avance : sa famille, ces déracinés qui ne se plaignent jamais, et la société française dans laquelle elle cherche désespérément sa place.


La force de ce spectacle bouleversant réside dans son actualité brûlante. Il éclaire avec justesse la barbarie du régime islamique et le combat que peuvent mener, à leurs dépens, des hommes et des femmes pour défendre une terre, une liberté, une vie qu’ils aiment profondément. À l’heure où le feu gagne tant de pays, où les guerres nous plongent dans un monde effrayant, ces mots, portés avec une vérité saisissante par des acteurs de talent, rappellent que derrière les flammes et les cendres, l’art et l’amour peuvent encore nous sauver.


Doublement récompensée aux Molières, Aila Navidi déploie ici une mise en scène poétique et ingénieuse, où sons, lumières et silences deviennent des prolongements de la mémoire. En tant que porteuse de cette histoire, elle fait du plateau un lieu d’intimité autant qu’un espace de résistance. Ma plume, d’ailleurs, fait les cent pas pour tenter de saisir tous les battements de cette œuvre.


Car au-delà de la guerre, de la violence, de l’emprisonnement ou de l’injustice, ce spectacle défend avant tout le droit de s’exprimer, le droit de transmettre un héritage et le devoir de se frayer un nouveau chemin. C’est ici que mes mots babillent le plus : ce texte est un élan vers le rebond, une manière d’avancer malgré les obstacles, malgré la douleur. Et quelle est la plus belle des encres, sinon l’amour ?


Ce chef-d’œuvre, à la fin paroxystique, porté par une utilisation saisissante du plateau et des lumières, nous rappelle que l’art est l’un des chemins qu’il est bon d’emprunter pour retrouver de la sérénité ou la force de résister. L’artiste se met à nu pour lutter contre ces guerres qui déracinent, mais tant que quelqu’un raconte, l’histoire continue d’exister. Peut-être est-ce cela, finalement, le devoir de l’art : empêcher l’oubli.

 
 
 

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