Tuner - Daniel Roher
- bjullian

- 4 juin
- 2 min de lecture

J’accorde ma plume à la sortie de l’écran noir pour dessiner quelques notes sur la portée de ce premier long métrage de Daniel Roher. Une réussite portée par une caméra sensible, un regard profondément humain et une distribution dont chaque acteur semble jouer juste.
Me voilà plongée dans l’univers discret des accordeurs de piano. La musicienne que je suis navigue alors entre la beauté des instruments, l’élégance de la musique classique et le bruissement d’un monde que l’on écoute rarement. Aucune note ne sonne fausse. Je m’agrippe au fil d’un récit tendu comme une corde de piano, qui ne cède jamais à la facilité du pathos.
Leo Woodall, dont l’avenir s’annonce prometteur, interprète un jeune prodige du piano atteint d’hyperacousie, une hypersensibilité aux sons qui transforme chaque bruit du quotidien en possible déflagration. Aux côtés de son père adoptif, incarné par un Dustin Hoffman tendre et malicieux, il accorde des instruments tout en tentant d’accorder sa propre vie. Pour subvenir à leurs besoins, il finit par mettre son don au service de la mafia et utilise son oreille exceptionnelle pour ouvrir des coffres-forts.
Sur le papier, l'intrigue pourrait sembler familière. Pourtant, Daniel Roher trouve sa singularité dans la manière de raconter. Par des plans dynamiques et surtout grâce à un travail sonore d'une remarquable précision, il nous fait entrer dans la perception même de son personnage. Le spectateur n'observe plus l'hyperacousie : il la vit.
C’est ici que je m’accroche au dièse.
Quand la corne de brume retentit, son cri traverse l’écran et vient percer mes propres tympans. Je ne regarde plus le jeune homme souffrir du bruit : je deviens ce bruit. Cette immersion transforme alors le handicap en question universelle : que faire de ce qui nous rend différents ? Le subir ? Le cacher ? Ou apprendre à en faire une force ?
Ce film plein d’humour, d’amour et de tendresse nous fait d’abord flotter sur une sonate délicate avant de glisser progressivement vers une partition plus sombre. Sous les touches noires et blanches du piano se dessinent les dilemmes moraux, la solitude, le poids des choix et la difficulté d’habiter un monde qui n’est pas toujours accordé aux plus sensibles.
Une lueur demeure pourtant entre les notes de la dernière mesure. Comme un accord suspendu. Comme une promesse.
Car au-delà de son intrigue originale, Tuner parle de résilience. Il rappelle que nos failles peuvent devenir des passages, que nos différences ne sont pas forcément des prisons et que l’art, sans effacer les blessures, peut parfois leur donner un sens.
Courez découvrir cette œuvre qui enveloppe le cœur d’une berceuse piquante. Une mélodie douce-amère dont les dernières notes continuent longtemps de résonner après la sortie de la salle.



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