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2:22, a Ghost Story au Théâtre Fontaine

Photo du rédacteur: bjullian
bjullian
5 oct.
2 min de lecture

Un cri, des pas, des pleurs, une heure… 2:22, et je me fais horloge, glacée par mon propre sang. Le compte à rebours commence. Mes aiguilles sont au radar : je scrute chaque visage, chaque mot, chaque pas qui fait danser les quatre comédiens sur scène autour de cette histoire de fantôme.


Jeanne vient d’emménager avec son mari dans une nouvelle maison. Mais une nuit, alors qu’il est en voyage, le silence se fissure : des pas rôdent autour du berceau de leur enfant. Toujours à la même heure. 2:22. Son mari ne la croit pas. Alors, lors d’un dîner entre amis, elle décide de retenir tout le monde jusqu’à l’heure fatidique. Puisqu’il ne croit qu’à la science, elle lui offrira une preuve. Puisque les fantômes n’existent pas, qu’ils attendent donc ensemble que celui-ci revienne.


Tic-tac. Mon corps se fige.


La soirée commence et les langues se délient. Ceux qui croient affrontent ceux qui ne croient pas ; ceux qui s’aiment se déchirent avec ceux qui ne savent peut-être plus très bien s’ils s’aiment encore. Car derrière l’énigme fantomatique se cache un autre spectre : celui de l’intime. Quatre êtres aux personnalités opposées enfermés dans une nuit de huis clos, contraints de sortir leurs plus vils apparats : ceux du cœur, ceux de la peur.


La tension monte. Sur l’écran géant, l’heure avance inexorablement. Le public reste suspendu à 2:22, accroché à cette heure fatidique comme à une aiguille qui refuserait d’avancer. On attend. On guette. On suppose. On sursaute. Une mécanique théâtrale venue de Londres, où la pièce a déjà fait trembler bien des fauteuils, avant de venir dérégler nos montres parisiennes.


Le sablier est lancé. Pourtant, mon sable ne glisse pas toujours comme je le voudrais. Ma pendule se heurte au jeu parfois faux de plusieurs comédiens, aux rouages d’une mise en scène alourdie de spectres et à une traduction trop sage pour une pièce qui méritait davantage de vertige. Par instants, la mécanique grince.


Mais je bats malgré tout.


Je bats à contretemps, et mon cadran sursaute à chaque coup ingénieux de la régie son et lumière. Un bruit. Une ombre. Une seconde de trop. Et mon horloge interne s’affole enfin dans l’une de ces émotions primitives que l’on vient aussi chercher au théâtre : la peur.


Alors les aiguilles s’emballent. Qui a raison ? Qui est fou ? La vie fantomatique existe-t-elle ? Sommes-nous entourés d’âmes errantes qui cherchent encore leurs réponses ? Et surtout : que vaut une vie lorsque le temps, lui, continue de courir ?


En quelques heures, l’art accomplit encore son petit miracle : il nous plonge dans une course contre le temps face à nos peurs les plus anciennes, la mort et ce qui pourrait venir après elle. Qu’y a-t-il après ? Des regrets ? Des remords ? Quelques pas autour d’un berceau ?


Car pendant qu’une vie vient de naître, une autre semble refuser de partir.


Et peut-être est-ce finalement cela que 2:22 vient murmurer à nos pendules : vivre, c’est accepter de sursauter à chaque instant du voyage, avant que nos aiguilles ne nous rattrapent.


Alors surtout, ne remettons jamais nos pendules à l’heure.


L’heure passe déjà beaucoup trop vite.

 
 
 

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