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"Mur Mure" au théâtre de la Michodière

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • 4 mai
  • 2 min de lecture

« Mais où sont les vrais échanges ? Les nuances ? » La question tombe comme une note suspendue. Elle vibre encore.


20h.


Le plateau tourne, et avec lui, quelque chose en moi se déplace. Deux appartements apparaissent, accolés comme deux silences qui s’ignorent. Ils entendent tout, mais ne voient rien. Ils ressentent tout, mais ne se touchent pas.


Machin et Machine — noms presque effacés, repris avec malice par le public — refusent la rencontre. Non par peur seulement, mais par instinct. Ils choisissent l’entre-deux, cet espace fragile où la voix remplace le regard. Entre eux, un mur. Mais un mur poreux, vibrant, habité. Un mur qui murmure plus qu’il ne sépare.


Portée par l’écriture fine et joueuse de Lilou Fogli, et la mise en scène précise de Jérémie Lippmann, la pièce devient une partition. Pas une histoire, non — une matière sensible. Un ballet discret d’objets, de silences et d’élans retenus. L’amour y apparaît à nu, sans fard, presque maladroit, et c’est justement là qu’il touche.


Assise, je ne regarde plus vraiment. J’écoute. Et me voilà chef d’orchestre.


Je lève les mains sur les aigus de la joie, je ralentis sur les graves de la peur. Peur de voir. Peur de décevoir. Peur d’être à nouveau brisé, enfermé, dissous dans une vie qui ne nous ressemble pas.

L’une tente de s’extraire d’une emprise. L’autre ne croit plus aux illusions d’un monde trop lisse. Alors ils inventent autre chose. Une relation sans visage. Un lien sans surface. Un espace où l’on ne triche plus.


Le mur devient leur langue commune.


Et c’est peut-être là que la pièce glisse doucement vers autre chose — vers nous. Car ce mur, si singulier, ressemble étrangement à ceux que nous bâtissons chaque jour. À coups d’écrans, de filtres, de phrases creuses, nous érigeons des façades impeccables. Des murs pleins, opaques, rassurants.


Eux font l’inverse. Ils construisent un mur de vérité.


Un mur qui ne cache pas, mais révèle. Un mur qui tombe dès que l’amour ose exister ailleurs que dans l’idée qu’on s’en fait.


Alors, chef d’orchestre d’un instant, je comprends peut-être ce que l’art tente de dire, encore et encore : que l’humain ne survit pas sans sincérité, qu’il faut parfois tomber pour retrouver le mouvement et que certaines évidences ne vieillissent pas.


Comme celle murmurée par Le Petit Prince : on ne voit bien qu’avec le cœur.


Et l’art, justement, ne voit jamais avec les yeux. Il ment parfois. Mais il ment juste. Il invente pour atteindre une forme de vérité que le réel esquive.


Dans une époque saturée de bruit, de vitesse et d’images, il reste ces lieux fragiles - les théâtres - où quelque chose résiste encore. Où l’on accepte de ne pas tout voir. Où l’on prend le risque de ressentir.


Alors si vous aussi, vous voulez entendre à travers les murs d’un monde devenu trop lisse, poussez la porte du Théâtre de la Michodière. Peut-être que, là, dans l’ombre et les murmures, commence enfin quelque chose de vrai

 

 
 
 

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