Wicked, partie II - Critique littéraire
- bjullian

- 13 déc. 2025
- 3 min de lecture

Enrobés d’un noir pop-cornien, mes yeux se font porte d’entrée au pays d’Oz. Quelle jouissance non dissimulée, où l'âme d’enfant retrouve cet univers qui se vrille, fantastique et vertigineux, sous une lumière plus sombre que le premier volet.
Bienvenu dans Wicked : Partie 2, symphonie américaine de Jon M. Chu. Ce film est la deuxième chambre d'écho de la comédie musicale de Stephen Schwartz et Winnie Holzman, elle-même l'ombre portée du roman de Gregory Maguire. L'adaptation se déroule après Wicked (2024), une machine à rêves qui adapte le deuxième acte du spectacle.
La réalisation ne faillit pas à sa promesse d’hallucination. Dès les briques jaunes éclatantes, imprimées sur la première page digitale de notre rétine et nous parsemant d’or les pupilles, jusqu'aux champs multicolores qui nous avalent de bonheur comme un manteau d’acide, le spectateur est pris au piège. Les tours de magie bluffants d’Oz sont des aiguilles qui vous invitent à la transe, mêlant les plans et les effets spéciaux avec une agilité qui souligne la force cinglante de cette allégorie.
Et c’est là que l’aiguille du récit déraille, blessant le débat. Nous devenons couturier d’un patchwork d'idées décousues, dont l'étoffe est trop fine pour retenir les thèmes lancés. Pourquoi ? Un trop grand nombre de pistes philosophiques et d'émotions sont abandonnées en jachère scénaristique — y pâtissent la relation romantique d’Elphaba et de son Prince Soldat, dont l’intensité se réduit à un papier mouchoir sans force, ou encore le lien entre les deux héroïnes.
Attention : les jeux d’acteur sont des totems. Une Glinda planante et douce, sous les traits d’Ariana Grande, et une Elphaba inquiétante, farouche, sous les traits de Cynthia Erivo. Agrippée à mon fauteuil balai, je m’envole dans les cieux noircis par la rage d’Elphaba et nettoyés par l’innocence de Glinda. Mais dans son écorce, le scénario se ride en picorant d’idée en idée, laissant le champ libre à l’imagineur que nous sommes pour reconstruire l'ossature que l'écran nous refuse.
Wicked est, fondamentalement, une satire politique et sociale. Ce second volet s’enracine dans un sol plus sombre, mais ne parvient à pousser que dans les couches superficielles de notre imaginaire stratosphérique. Rappelons ses messages violents : l’amitié qui affronte la pression sociale, la manipulation d’un peuple par un pouvoir qui réécrit l’histoire comme on efface un tableau de craie, la discrimination des corps différents (la peau verte, la paille) et l’esclavage des Animaux. Ce chef-d’œuvre nous intime de regarder au-delà des apparences qui sont des masques, de remettre en question l'autorité qui est un simple rideau, et de comprendre que l'histoire est toujours l'encre des vainqueurs.
Le film veut tout étreindre. À nous de remettre de notre œil maladroit et reconstructeur ces idées en ordre. Les chansons en sont l’outil de prédilection : elles nous avalent sous leurs airs entrainants ; certains numéros sont mémorables, moins marquants que le premier volet, mais nous retiendrons l’aveu cynique de « Wonderful » et le bond fatal de « Defying Gravity ».
En somme, les amoureux de Grande et Evario y trouveront leur compte. Les désireux d’un voyage du héros pavé de sens et d’obstacles intimes devront réécrire l’histoire dans leur tête. Courez dans les salles noires qui ont besoin plus que jamais de notre présence, mais n’oubliez pas que vous-aussi vous avez une plume : le héros est celui qui se déplace à la vitesse de la graine, non à celle du geste qui l’arrose.







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