The Loop de Robin Goupil : la création du Chaos
- bjullian

- 15 févr.
- 2 min de lecture

« Toc toc. »Trois coups de théâtre à la porte. Le public retient sa voix dans un décor d’Amérique années 50.
— Oui ? répond le spectateur en silence.— C’est moi. Le Chaos. Je sais, je fais peur. Mais croyez-moi, j’arrive pour vous sauver. Prenez ma main. On y saute.
Quel charmant gentleman, il badine avec nos angoisses : l’inconnu. L’enfermement. La folie. Et l’auteur parvient à nous le faire aimer.
Sa technique est simple. Presque galante. Un infime changement de ton. Un tiroir mal refermé. Un geste de travers. Et le fil dérape. Notre destin avec. Nous voilà funambules sans filet, suspendus à la moindre brise.
Voici The Loop. Un spectacle millimétré, déroutant, qui m’a d’abord laissée muette sur le bord de la piste… avant que les images ne remontent, une à une, comme après une chute.
Enquêtrice des sous-sols de l’esprit, je me fais papillon pour en apprendre davantage sur ce célèbre effet : un battement d’aile — la trajectoire dévie.
Sur scène, une banale affaire de commissariat se répète. Puis se dérègle. Puis se fracture. Le rire devient vertige.
Et si mes ailes devenaient fils ?Si je n’étais plus que marionnette dans cette boucle que l’on appelle normalité ? Comme les quatre personnages, je perds la main sur la partition. Les gestes reviennent. Les mots s’enrayent. Le mécanisme s’emballe. Le chaos n’explose pas. Il s'installe.
Et les acteurs en tiennent la cadence avec une précision redoutable. Jeu mordant, maîtrise impeccable. La scène de la jeune policière — monstrueusement drôle — frôle l’anthologie. Tout vacille, mais rien ne déborde. C’est là la prouesse : donner l’illusion de la perte quand tout est d’une exactitude chirurgicale.
Alors je cesse de voler. Je descends dans la caverne de l’auteur. Robin Goupil y glisse, sous l’humour, une pensée plus grave : des vies mécaniques conduisent à l’aliénation. À force de répéter les mêmes gestes, on ne sait plus ce que l’on fait — ni pourquoi on le fait.
Le vertige s’éclaire.
Comment retrouver l’harmonie ?
Embrasser le chaos avant que le chaos ne vous embrasse.
La pièce se regarde en train de se faire. Les acteurs fissurent le mur, dialoguent avec la régie, découvrent que les portes ne sont que des conventions. Théâtre dans le théâtre. Code dévoilé. Illusion assumée.
Et c’est peut-être là le plus bel hommage rendu à l’art dramatique : créer, jouer, répéter, tomber, recommencer, chercher la vérité jusqu’à l’épuisement — puis accepter de perdre le contrôle.
Car l’obsession de vérité détruit la réalité. Mais elle fait naître l’œuvre.
Cher spectateur, l’artiste n’élimine pas le chaos. Il le dompte.
Prenez sa main. Au-delà du vertige, il vous conduira vers une réalité plus sincère — loin des existences mécaniques qui nous vident à petit feu.
Parfois, le désordre est la seule issue.



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