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Saint-Exupéry, le commandeur des oiseaux : savoir rêver grand et vrai

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • 22 janv.
  • 3 min de lecture

Ma plume goutte encore à la sortie du Théâtre La Bruyère… Pourquoi ? Car le ciel est grand quand on vient de voyager à bord de la vie d’Antoine de Saint-Exupéry, un homme extra dans l’ordinaire, un rêveur aux pas « encrés » dans un désert si humide de poésie et de vérité qu’on ne peut en ressortir indemne.


Je suis devenue oiseau migrant sur les terres du Petit Prince à l’âge de 8 ans, grâce à une maman passionnée de littérature, et je n’ai vraiment jamais quitté son ciel. J’ai survolé encore et encore les montagnes de sable, si fragiles mais si brûlantes, de ce roman ; j’ai sauté de planète en planète en tenant l’aile d’un prince pas si petit que ça. À chaque montée, le colibri que j’étais y a construit son nid, de plus en plus imposant, fait de brindilles poétiques, de plumes d’émotions et d’œufs d’imagination. Un jour, j’ai brisé une de ces coquilles pour m’investir de la même mission qu’un Saint-Exupéry : la vie ne se conjugue que sous la verve d’une quête de l’absolu.


Frank Desmedt, Molière du meilleur comédien dans un second rôle en 2018, a relevé le défi de redonner vie à cet auteur et aviateur qui a fait de son ciel si aimé un roman si passionné — deux pour être plus juste, les chefs-d’œuvre Le Petit Prince et Terre des Hommes. Dans une mise en scène épurée mais juste de Benoit Lavigne, le comédien incarne plusieurs personnages afin de refléter la force d’un homme qui a toujours rêvé grand tout en dédiant sa vie à ses passions. Peu le comprenaient, comme c’est le cas de ces nombreux héros et héroïnes qui ont marqué notre histoire. Il nous rappelle les Coco Chanel, Amelia Earhart, Frida Kahlo, Camille Claudel, Édith Piaf, Jane Goodall, Jean Cocteau et j’en passe… Tous et toutes empreints d’une mission qui les dévore, les fait souffrir et vivre : l’oxymore d’un destin désordonné mais vrai.


Et c’est dans cette vérité que s’inscrit ce spectacle. Le ton est sobre, porté par une écriture qui ne souffle aucun superflu, mais une brise juste qui badine avec des touches d’humour. La lumière intimiste souligne les traits fondants d’une histoire à déguster sans les yeux, avec les papilles de son âme. Un avion cabossé accompagne des péripéties glissantes ; le ciel est une piste dangereuse, surtout pour les rêveurs. Car dans un monde d’adultes où les visages et les cœurs sont si sérieux, il faut savoir y dessiner son nuage surréaliste : un nuage chargé d’espoir, qui sait voir derrière les rideaux noirs, un nuage qui croit et fait de l’averse des cordes pour grimper dans d’autres mondes…


Mais il manque une chose : Saint-Exupéry voulait briser les codes. Ici, nous restons dans un carcan certes sincère, mais un peu trop « terre à terre ». On aurait souhaité un vol qui nous déterre vraiment ; on aurait voulu se faire graine en devenir, chercher l’humidité de nos visages, poser sur la table nos cœurs pour les examiner hors de la cage, et faire des barreaux des cannes pour aller plus haut… Car si la plume de Saint-Exupéry nous rappelle que l’essentiel est invisible pour les yeux, sa conquête exubérante du ciel nous « encre » une certitude : la vie ne peut s’habiller que de la défense de ce en quoi nous croyons. Une parade tiède ne vaudra jamais un spectacle nu et brûlant.


Aujourd’hui plus que jamais, ce récit nous rappelle une urgence : pour être aussi grand que le Petit Prince, il faut savoir rêver au-delà d’un monde aseptisé, endormi derrière ses écrans et un progrès qui nous éloigne de l'essentiel. La vraie quête est celle de la sincérité, de la simplicité, de la modestie et de l’absolu. C’est précisément cela qui est devenu invisible à nos yeux. Alors, ne perdons plus nos cœurs : allons les chercher là où ils vibrent encore, dans l’art.

 
 
 

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