La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob – de Jean-Philippe Daguerre
- bjullian

- 17 mars
- 2 min de lecture

« Pardonnez-moi, mais je suis maniaque des mots », murmure à l’oreille de son amour la protagoniste de l’histoire. Nous avons un point commun. J’attrape donc ses mots au vol et je décide de jongler, comme on jongle insolemment avec des bouts de vie aujourd’hui.
Car c’est de cela dont s’habille cette pièce : des vies menacées, bouleversées, écrasées, coupées, recollées… sur un fond de rires. L’histoire de la sortie de Rabbi Jacob, succès international dans les salles. Derrière l’écran pourtant, une terrible vérité : un jeu de cache-cache où l’on étouffe, où l’on joue, où l’on perd. Mais qui perd ?
Cette femme qui, pour dénoncer les guerres et les injustices dans le monde entier, dans une lettre de revendications au goût praline, décide de détourner un avion. Elle n’aura pas le temps de digérer : sa vie sera ôtée.
Le créatif Jean-Philippe Daguerre s’est chargé de la mission de mise en scène et d’écriture, et le pari est réussi. Après ses nombreux Molières pour Adieu Monsieur Haffmann et Du charbon dans les veines, il revient sur scène avec encore davantage d’ingéniosité. Il jongle lui aussi, non seulement avec les mots, mais avec les images : une dizaine d’écrans, un décor moderne qui bouge, des pions sur un damier de drame sanglant.
Les comédiens, tous excellents les uns que les autres — mention spéciale à Julien Cigana — portent ce récit avec une énergie singulière. Au détour d’une grimace attendue, le fantôme de Louis de Funès apparaît presque, tant l’ombre de Rabbi Jacob plane sur la scène. Entre humour qui nourrit nos sourires et réalité violente qui dévore l’âme, toute l’équipe devient funambule d’un récit qui résonne fortement aujourd’hui.
Car ce récit est aussi un récit de guerre — une guerre qui n’a pas de sens, où les civils sont toujours ceux qui paient. Un récit d’égos de coqs dans une arène mal maîtrisée.
Sous l’écriture fine de Daguerre, Hélène, notre protagoniste, dénonce la guerre du Kippour. Elle devient la note qui tente de réconcilier, sur une partition trop dissonante, deux religions que l’histoire a trop souvent opposées.
Le texte résonne. La mélodie nous parle. Et pourquoi ? Parce que nous voilà aujourd’hui, amèrement, plongés dans les écrans de nos télévisions face à l’incompréhension de guerres qui éclatent partout dans le monde. On prend des bouts de vie et les gouvernements décident d’en faire un cirque : personne ne veut payer pour le voir, mais tout le monde reçoit un ticket.
Alors de quoi parle-t-on ici ? Révéler des secrets étouffés ou entrer dans d’autres réalités pour faire éclater la vérité ?
Toute vérité : celle, universelle, d’un Petit Prince qui nous rappelle que l’on voit avec le cœur, ou celle d’une femme qui regardait avec le cœur mais sur laquelle on a fermé les yeux, parce que cela dérangeait trop.
Le cirque peut vite fermer.
Alors continuez à hanter nos salles. Car nous, artistes, savons monter de beaux cirques sans filet, où chaque numéro plonge dans la réalité des vérités et des émotions.



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