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Rental Family de Hikari. L’art de se retrouver « vrai », ou quand les masques tombent

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • 8 févr.
  • 3 min de lecture

Je suis une fourmi, plume sur l’épaule, glissant entre les sièges de velours rouge d’une fourmilière bruyante à l’aura cinématographique. Tokyo palpite déjà. L’écran s’ouvre. Les gratte-ciels poussent à vue de bobine, en couleurs pastel et grainées. Leurs fenêtres sont des yeux allumés qui nous invitent à entrer dans l’intimité humaine. Dans ces ventres urbains, on pleure, on rit, on s’aime, on se dispute. On vit. Mais hors de notre chair, nous devenons squelettes.


C’est ainsi que vit Philip, le protagoniste de Rental Family. Enfermé dans sa cage japonaise, il laisse la lumière filtrer à travers les barreaux : sa lucarne devient sa télévision, qu’il éteint et rallume chaque soir en se demandant quel sens donner à sa propre trajectoire.


Brendan Fraser, oscarisé, incarne ce rôle avec une justesse rare. Il joue vrai — ce graal que chaque comédien poursuit — sans jamais tomber dans un pathos noyant. Philip est un acteur en panne, perdu dans le labyrinthe tokyoïte, sans rôle marquant depuis sept ans. Il accepte alors un contrat singulier : intégrer une agence de « location de famille » et devenir, dans la vie réelle des autres, père, ami, amant, compagnon, journaliste.


« Nous ne vendons pas des illusions, nous vendons des émotions », affirme le directeur de l’agence.


Et c’est autour de ce mot — émotion — que le film s’édifie.


Dans une société aussi codifiée que celle du Japon, mais qui n’est pas sans rappeler nos sociétés occidentales de plus en plus aseptisées par les écrans et les relations digitalisées, quelle place reste-t-il à la sincérité ? Une jeune femme incapable d’avouer son amour à une autre femme. Une mère célibataire contrainte d’inventer un père pour offrir une normalité à sa fille. Un vieil homme enfermé dans sa maison-prison à mesure que sa mémoire se dissout. On se cache. Et c’est ainsi que nous survivons.


Hikari déploie une mise en scène d’une justesse saisissante. Elle filme Tokyo avec amour, mais interroge aussi les valeurs dans lesquelles son peuple — et nous avec lui — se baigne. Chaque plan est choisi avec l’élégance d’une nage en papillon et la brutalité des bras d’un crawl. La réalisatrice ne ment pas : elle dessine nos dérives, dont la plus vertigineuse reste la solitude moderne.


Dans ce grand bain où nous nageons sans boussole, un poisson nommé Philip cherche son rocher. Et paradoxalement, c’est en incarnant d’autres qu’il parvient à faire tomber son propre masque. En jouant mille vies, il touche enfin la sienne.


« Que vais-je découvrir à l’intérieur de ce temple ? » se demande-t-il. La réponse surgit dans le dernier plan : toi. Moi. Le je, sans le jeu. L’agence devient alors une immense scène de théâtre. La ville, une mer dans laquelle nous plongeons à reculons. Le film nous le rappelle avec douceur et fermeté : l’émotion ne s’achète pas. Elle peut se feindre, se déguiser, mais jamais se posséder. Voir quelqu’un sourire, pleurer, trembler, sentir une main se tendre, un regard se poser — cette émotion-là n’est pas commerciale. Elle est vitale.


C’est sur cette ligne d’eau que l’artiste entre en scène.


Hikari rend hommage à l’art et à sa nécessité profonde. Elle redonne au comédien sa place essentielle : messager irremplaçable de l’émotion vraie. Philip devient alors le miroir de tous les artistes. Pour retrouver du sens, il doit incarner l’autre, encore et encore, et transmettre, à chaque rôle, un fragment d’humanité. Car l’artiste, lui, ne peut pas mentir.


« Pourquoi les adultes mentent-ils toujours ? » demande un enfant.« Parce que c’est plus simple que d’affronter la vérité », lui répond-on.


L’art, lui, ne ment pas.Il nous fait vivre vrai.


Alors ne manquez pas Rental Family, film bouleversant de sincérité. Venez sans masque. Peut-être vous y découvrirez-vous — ou vous y retrouverez-vous. Et laissez-vous contaminer par ce chef-d’œuvre discret, où l’émotion reprend enfin sa place légitime.

 
 
 

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