Professor Marston and the Wonder Women (2017) : Le Secret sous la Corde
- bjullian

- 10 déc. 2025
- 3 min de lecture

L'autodafé et l'appétit de l'interdit
21h02, et me voilà dévorée par mon écran dès les premières images : des dessins de BD défilent, consumés par le feu et le rire des humains dont les visages enflammés clament l’ignominie d’une telle culture. Oui, nous assistons bouche bée à un autodafé des comics de Wonder Woman. Connaissant peu cette culture, mes yeux sont surpris et impatients de savoir ce qui se cache derrière.
Réalisé par Angela Robinson, et porté par un trio d’acteurs talentueux – Luke Evans, Rebecca Hall et Bella Heathcote incarnant les professeurs Marston et Olive avec force et sensibilité – ce film biographique retrace l'histoire de William Moulton Marston, créateur du détecteur de mensonge, du DISC, et de la super-héroïne. On y voit comment sa théorie du DISC (Dominance, Inducement, Submission, Compliance) et sa relation sulfureuse, définie comme un « trouple », ont participé à la création d’une super-héroïne très libérée et pour le moins controversée, tant sa culture a été clivante.
Les arcanes d'une création "hors les clous"
Je découvre donc avec mes sens cachés honteusement sous ma couette – mais à la langue et la peau émoustillés et mis en appétit – une Wonder Woman pratiquant l’art du bondage pour mettre à exécution ses plans de sauver l’humanité. Plongée dans les arcanes d’une passion amoureuse considérée comme non conventionnelle, je réalise combien l’acte de créer a toujours été, quelle que soit l’époque, un accouchement difficile et peu soutenu par le corps du peuple quand il s’agissait de gravir une montagne hors les clous.
L'acte de création chez Marston n'est pas un bureau, mais une chambre scellée où trois corps – l'inventeur, sa muse et sa maîtresse – tissaient ensemble, dans la cire et le secret, la corde psychique qui allait faire et défaire l'héroïne.
Chaussé de ses sabots à l’imagination débordante, en 1941, ce professeur, psychologue et inventeur, a dû se battre pour imposer une héroïne hors-les-murs, inspirée de sa femme et de sa maîtresse, tout en randonnant sur des idées profondément progressistes, féministes et pour l’époque très controversées. Mais que sait-on réellement de tout ça ?
L’océan béant de la création
Le film nous amène plus loin que ce simple paysage montagneux, il nous plonge dans cet océan béant de la création, de ses limites, de sa liberté, un océan portant le nom de chacune de nos époques. Wonder Woman portait des bracelets, symbole de son pouvoir mais aussi son talon d’Achille, une fois attachée et bondée, elle perdait tout pouvoir. Son lasso de vérité lui permettait par des techniques de bondage d’obtenir l’aveu des coupables… on le comprend, Wonder Woman, venant du pays des Amazones, aimait à jouer avec le feu de ses cordes en montrant une liberté sexuelle assumée tout en se dressant en justicière.
Qu’en a-t-on gardé pour nos films sur l’héroïne ? Wonder Woman est un parfait exemple d'une création subversive qui a dû être édulcorée par la censure pour survivre, perdant ses éléments les plus clivants dans les adaptations contemporaines. Face au cinéma contemporain qui a blanchi le linge sale de Wonder Woman pour en faire une icône lisse, le film de Robinson nous offre le luxe de sentir l'odeur du feu. Ce feu qui, dès 1941, cherchait à brûler les cordes de la vérité.
Alors doit-on céder et édulcorer ou doit-on s’ouvrir et épicer ? Ma liberté s’arrête là où commence la tienne, l’art s’arrête là où commence le grincement des visages et la paralysie des sourires.
Professor Marston and the Wonder Women vous permettra de redécouvrir une héroïne « sale » mais dont le linge en dit plus sur notre vérité propre et nos secrets les plus tachés. Très belle et fine réalisation. Âme sensible s’abstenir, âme curieuse s’en dévorer. Pour ma part, je me lèche encore les babines et m’en vais de ce pas me nourrir les papilles de quelques comics bien méconnus.
Professor Marston and the Wonder Women – 2017, d’Angela Robinson (USA)







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