"Nos Histoires" de Frédérique Auger – Studio Hébertot : Le prix d’une pizza pour un bout d’emprise
- bjullian

- 1 déc. 2025
- 2 min de lecture

« Tu m’appartiens » aurait pu être le sous-titre de cette pièce de théâtre à la thématique qui nous prend dans nos ventres de baleine affamés de nos rapports humains. L’enfer, ce sont les autres, écrivait Sartre, alors quand on parle d’enfer hivernal, je ne pouvais qu’aller me poser mon cœur, curieux et rompu à l’art de l’emprise humaine, sur les sièges moirés du magnifique Studio Hébertot.
Mes yeux, sur le qui-vive d’une catastrophe intime, se sont posés d’abord sur un décor modeste et intrigant, ses formes géométriques et ses cloisons : des portes de prison ? Une salle silencieuse, où l’obscurité tamisée faisait figure de métaphore des âmes noires de nos oppresseurs, semblait attendre. Le rideau s’ouvre sans bruit de tambour, il rentre. Il pose le décor : notre premier acteur donne le la, dans un café des rencontres. Elle le rejoint, elle ne sait pas ce qu’elle veut, et nous, spectateurs du futur théâtre des émotions, nous nous prenons au jeu badineur de deux êtres voulant vivre plus que jamais.
Tous les deux vont alors tomber en prison, derrière des barreaux qu’ils n’avaient pas demandé. Tout ce qu’ils voulaient, c’était vivre d’amour et de passions, vivre leurs rêves, vivre leurs émotions, pour ne pas finir étouffés dans la pâte molle d’un « Pizza Hut » périmé. Mais que vient faire une pizza dans cette histoire ? Tout n’est que manigance quand on déroule le thème de l’emprise ; on se satisfait de peu, on se creuse, on s’oublie pour lui, pour elle… ce sont nos histoires.
Un jeu modeste, un décor simple et évolutif, aucune caricature au programme. Les acteurs sont justes et vrais, la mise en scène reste vue mais très bien exécutée. L’écriture de Frédérique Auger est fine mais – et c’est là que le papier mâché se déchire – pour éviter de survoler de trop, sa plume pourrait planter de plus grosses graines incisives. Les lumières et l’espace scénique sont riches et enrobantes, pris dans les branches d’un arbre torturé. On ne s’ennuie pas pendant cette petite heure, on se prend rapidement dans la toile végétale dangereuse des relations qui nous emprisonnent.
Cependant, l’on aurait aimé des personnages de l’emprise plus marqués, taillés dans le roc physique et vocal, des émotions qui montent plus haut et plus bas, comme le grand huit que nous impose toute relation toxique. On penserait peut-être que le jeu et le thème, parcourus en seulement soixante minutes, pourraient être davantage poussés. La pièce s’ancre dans nos noirceurs, et l’on en ressort avec l’espoir qu’elle pourra encore creuser le tunnel pour parvenir à s’enraciner et nous enraciner, de peur que nous restions sur notre faim herbacée.
Après tout, ce sont NOS histoires…
Nos histoires de Frédérique Auger, Studio Hébertot, Paris



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