Mon Royaume pour un Poney : Le galop de l'absurde au Théâtre de la Tour Eiffel
- bjullian

- 19 janv.
- 2 min de lecture

20h15. Je m’éjecte de la bouche de métro à dos de mon cheval de l’impatience, armée de ma plume légendaire mais orpheline de son rocher paginé pour s’y fendre. Tant pis, je la planterai au cœur de la scène du Théâtre de la Tour Eiffel.
D’ailleurs, trêve de badinage, il est temps ! Sous l’œil envieux de la Dame de Fer, je saisis mon regard de sa lumière et m’engouffre au cœur d’une histoire, certainement la plus rocambolesque du moment. Je n’avais pas attaché ma ceinture : me voici prise dans les convulsions d’un rire nostalgique de nos chers Monty Python.
C’est le grand retour de Philippe Vieux après le succès des Faux British, adapté de l’œuvre monumentale et branlante de nos amis les Anglais : The Play That Goes Wrong. Et c’est en forme que l’auteur revient ! On prend les mêmes ingrédients : un script qui part bien pour finir mal, habité par l’esprit monty-pythoniesque, une énergie rebondissante, un décor « do it yourself » en kit chancelant, on y ajoute l’appétit d’un Gargantua pour des cascades cabossées… mais on pousse d’un cran de velours rouge la folie. Celle, peut-être, d’un Richard III qui ici ne court point après son cheval, mais après le royaume de l’absurde et du surréalisme ; une quête qui se finira, ou pas, à dos d’un poney ou… d’une frite dans une guinguette.
Disons-le, notre célèbre héros en restera certainement Miró, tout comme notre grand Shakespeare. Cependant, moi, je « Magritte » et prends un malin plaisir à suivre quatre comédiens se pliant, par monts et par mots, à un metteur en scène dont l’esprit fume de plus en plus alors que rien dans sa mise en scène ne fonctionne comme prévu, à cause d’un producteur dictateur qui impose, de sa petite taille napoléonienne, les règles de l’histoire.
Méfiez-vous des trônes de pomme de terre et des tabourets miniatures : vous allez embarquer dans une aventure de chevaliers au bonnet d’âne. Quarante personnages à quatre, c’est difficile, même en biface et sans collants (car ça gratte !). Et pourtant, en suivant la même recette, ces artistes nous volent nos rires et nous entraînent dans le train d’une revisite d’une pièce qui n’est qu’un prétexte à nous rappeler que le ridicule ne tue pas. Mieux encore !
Le ridicule n’existe plus quand on s’engage à mille et un pour cent dans nos contes qui nous permettent de sortir de notre caverne sociétale pour faire de Platon un Ali Baba. La vie est bien meilleure quand on cesse de se prendre au sérieux pour faire de nos drames quotidiens des moments de légèreté poétique. Oui, comme l’écrivait le surréaliste Aragon, notre devoir d’humain est de découvrir, telles les peaux d’un oignon, la magie à l’intérieur du réel. Car c’est cela qui doit nous faire pleurer… ici de rire.
Quelle belle morale ces artistes nous donnent en-corps et bl-âme : l’art existe pour briser les frontières, raviver les fantômes, purger nos émotions et surtout rire et pleurer de tout. Car la vie ne se conjugue pas au sérieux : elle se vit comme un royaume que l’on doit conquérir à dos de poney. Ce sera tout de même une aventure plus drôle.



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