Mission Florimont : une quête à demi-mesure
- bjullian

- 26 janv.
- 2 min de lecture

Me voilà pourfendant l’air frais et dégoulinant d’un Paris endormi, munie de ma seule plume de velours dans son écrin d’acier. Je marche vers une drôle de mission : celle de Mission Florimont, la nouvelle comédie de Sébastien Azzopardi au Théâtre de la Gaîté.
Le rideau se lève et les écrans s'allument, nous catapultant en 1534. François 1er est acculé ; son dernier espoir repose sur les épaules de Florimont de la Courneuve, le meilleur de ses agents... ou du moins, le seul encore debout. Objectif : Constantinople. La chevauchée commence, portée par cinq paires de jambes en collants fluorescents qui se démènent pour briser ce fameux quatrième mur, véritable signature de l’auteur.
Gourmande de ses succès passés — l’ingénieux Dernier coup de ciseaux ou l’électrisant ADN — je m’attendais à nourrir de rires mon estomac gargantuesque, venu vide se vautrer dans le velours des sièges. Mais le festin fut amer. Je suis repartie l’estomac nauséeux, le gosier asséché par une écriture qui nous sert un digestif vu et revu : une liqueur qui décape les parois du palais sur le moment, mais dont l'arôme s'évapore avant même d'avoir franchi le seuil du théâtre.
Pourtant, la mise en scène est une fête foraine de l'imaginaire : chapeau bas au comique de répétition, au cheval à deux corps et aux lumières galvanisantes qui font galoper nos regards. L’énergie des artistes est telle qu'on irait volontiers vider une chope avec eux dans une taverne de Montparnasse. Mais l’écriture, elle, reste au bord de la falaise. La narration, entrecoupée d'écarts de conduite inutiles, et ces blagues sans mise à jour réelle, finissent par alourdir notre besace quotidienne. Nos bouches, que je voulais lunaires et rieuses, se font lourdes de fatigue devant ce trop-plein qui aurait tant gagné à la sobriété d'un trait de plume plus court.
Quel théâtre voulons-nous aujourd’hui ? Sébastien Azzopardi a toujours su marier l’interaction ludique et les messages forts. Ici, le propos semble s’être dilué dans un consensus poli. À trop vouloir se fondre dans le moule de la "populasse", on oublie que l’art est un séisme, pas une caresse. Oui, l’amour triomphe de la guerre, le message est beau, mais faut-il pour autant le floquer grossièrement sur le spectateur quand il pourrait être pavé de façon plus subtile, plus maline ?
On égratigne gentiment les institutions, nos politiques, notre sécurité sociale... Je dis oui, je le scelle de mon sang ! Mais ici, tout est trop sage, trop rangé. Mon œil s’inquiète. Il devient cette eau boueuse qui se perd dans les dédales d’un fleuve contenu par des barrages de convenance, menacé de s’assécher à force de ne plus oser déborder.
Mon œil se fait alors incendie pour brûler les silences qu'on veut nous imposer. L’art ne doit pas seulement exister, il doit gronder, pleurer, rassembler et, surtout, faire vivre. Cessons de l’appauvrir en le rendant inoffensif. Donnons-lui ses lettres de noblesse : voici la véritable mission que nous, artistes et spectateurs, devons saisir sans tiédir. L’art est doté d’un appétit féroce ; si nous ne lui offrons que de la tiédeur, nos âmes crieront à jamais famine.



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