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Le Procès d'une Vie

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • il y a 4 jours
  • 2 min de lecture

« Un peu de silence, l’assemblée va commencer ! »


1971 : Lumière plein phare. Le théâtre se fait assemblée, le public est interpellé. Aurions-nous, nous aussi, signé le « Manifeste des 343 », paru dans Le Nouvel Obs sous la houlette de Simone de Beauvoir, et que certains médias rebaptiseront tristement « manifeste des 343 salopes » ?



Je suis femme. Je suis ce mot. Je suis cette rébellion.


Et nous voilà entraînés, nous, public, dans le rythme effréné du récit de l’un des plus grands combats féministes : le droit à l’avortement.


Marie-Claire, 16 ans, est violée.


Oui. Elle n’ose pas le dire.


Et mon cœur se fige dans cette scène tristement poétique d’un viol non avoué. Elle tombe enceinte. Elle veut avorter. La loi lui dit que c’est un délit.


Elle avorte.


Elle souffre. Elle manque de mourir. Elle est condamnée.


Ainsi que les cinq femmes, ordinaires dans un acte extraordinaire, qui l’ont aidée.


Gisèle Halimi prend alors sous sa robe d’avocate cette affaire pour en faire une affaire politique, une attaque contre une loi absurde. Un procès qui deviendra emblématique et ouvrira la voie à une autre femme, Simone Veil, et à sa loi de 1975 légalisant l’avortement.


Et bien nous voilà embarqués dans un parcours féministe, au milieu de femmes qui se sont battues pour défendre la liberté de leur corps. Nous voilà dans ce peloton courageux de figures féminines ordinaires qui accomplissent des actes extraordinaires. Me voilà, moi, baladée d’émotions en émotions, dans un rythme effréné, vif, cru, vrai, sincère, drôle.


Une mise en scène à coups d’ombres et de lumières. Des figures humaines apparaissent ici et là. Des miroirs deviennent coulisses à vue, puis tribunaux. Et, perché au milieu de cet espace, le seul homme de l’histoire : silhouette presque métaphorique d’un monde qui gueule.


On ressort instruit.

On ressort ému.

On ressort avec une rage.


Celle de dire que la liberté des femmes est un droit inaliénable. Que leur corps leur appartient.

Il y a de ces histoires qui font l’Histoire.


Et celle-ci en est une.


Cette pièce, couronnée de trois Molières, nous rappelle que l’artiste a un devoir de mémoire. Microcosme d’une société brinquebalante, il se doit d’en être le miroir : parfois déformé, parfois cruel, mais toujours suffisamment vrai pour nous renvoyer notre propre reflet.


La féministe que je suis sort de l’assemblée le cœur nourri d’un combat qu’elle sait que d’autres femmes, avant elle, ont dû mener. Un combat qu’elle se doit de continuer. Non pas contre les hommes. Mais contre l’absurdité d’une société qui préfère parfois la guerre à la paix des sexes.


L’artiste que je suis sort, elle aussi, de ce voyage. Elle éteint la lumière du plateau avec une certitude : l’art sera toujours là pour nous rappeler que les planches peuvent être le tremplin d’un combat contre l’absurde.


Et peut-être que le théâtre, ce soir-là, n’était pas seulement une assemblée. Peut-être était-il aussi un rappel. Celui de femmes qui ont osé dire non. Et de celles qui, aujourd’hui encore, doivent continuer à le dire.

 
 
 

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