De la Comédie Française, film de Martin Darondeau et Bertrand Usclat
- bjullian

- 10 août
- 3 min de lecture

Bam bam bam. Trois coups de théâtre, et le rideau tremblant de la Comédie-Française s’ouvre. Je m’y accroche, car ce théâtre, patrimoine vivant, m’a toujours fait rêver. Je saute pour attraper la pointe de la baguette de cette jeune cheffe d’orchestre : Nina, jouée impeccablement par Pauline Clément, qui, dans trois heures, doit assister à sa première mise en scène, celle de Macbeth. Et la règle est bien connue : à la Comédie-Française, on n’annule jamais.
Mais rien ne va comme elle le souhaite. Et ces trois heures deviennent le menu d’une série de catastrophes, plus folles les unes que les autres.
Louis Jouvet disait que le théâtre n’est pas l’oubli de la réalité, mais l’écriture d’une autre réalité, plus dense, plus intense. Ici, nous en sommes les témoins. Ce qui pourrait n’être qu’un simple pitch devient le microcosme d’une société où chacun tente de répondre à ses propres besoins, à ses propres désirs, sans toujours se soucier de l’autre. Une mécanique qui finira par pousser Nina à abandonner sa pièce et à rencontrer un célèbre écrivain de théâtre… Mais justement, revenons aux coulisses.
La partition est énergique, l’écriture intelligente et fine, les acteurs se donnent à cœur joie. La mise en scène est dynamique, notamment dans ce premier plan où Nina parcourt le théâtre à vélo. Tous avancent avec leur ego, leurs fragilités et leur folie. Il y a du faux, il y a du vrai, mais surtout, il y a de la vie.
Et l’orchestre, bien que défectueux, continue de jouer. Même lorsque le décor s’effondre, même lorsque tout semble partir en morceaux, il parvient à faire résonner la plus magique des pièces : celle d’une troupe qui, malgré l’adversité, arrive à se reprendre en main pour satisfaire son public.
Je me fais alors cette note de musique qui se glisse dans le dédale des émotions d’un artiste : pression, doute, peur, joie, gestion de sa vie de famille et de ce métier qui est aussi un métier-passion.
Ma note sonne le blues lorsque Nina, pleine de larmes, baisse les bras.
Elle sonne aiguë lorsque les tromperies et les quiproquos s’enchaînent.
Elle sonne faux lorsque le film se veut parfois démagogique et s’éloigne du cœur de l’art.
Et elle résonne grave lorsqu’il rappelle à mon cœur ces moments de vie de scène qui restent, eux, inégalables.
C’est là que le film prend toute son ampleur. Il montre le paradoxe d’un monde qui prétend raconter une réalité, sa vision de la réalité, tout en grouillant d’imperfections, de contradictions et d’émotions qui se combattent.
Au final, la partition devient une véritable fourmilière de dièses et de bémols, de syncopes, de noires et de blanches, qui essaient tant bien que mal de bâtir un nid, une famille.
Car c’est peut-être cela que l’art nous rappelle.
Derrière la belle façade de la Comédie-Française, derrière les décors, les costumes et les apparences, réside le cœur de la vie : la famille. Celle que l’on reçoit, celle que l’on choisit, celle que l’on construit parfois malgré nous.
Une partition à la fois douce et amère, violente et belle, faite de fausses notes et de silences, de rires et de larmes.
Et qui nous rappelle que sans le théâtre, le public ne pourrait peut-être pas retrouver la mélodie qu’il vient y chercher.
Celle d’une famille à part.
Une famille qui dit les plus belles, et parfois les plus cruelles, des vérités.



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