Le Cercle des Poètes Disparus, au Théâtre Libre.
- bjullian

- 4 janv.
- 2 min de lecture
« Le spectacle du monde se déroule, et toi, quelle en sera ta rime ? »

C’est avec une larme encore brûlante, perle de rosée sur un volcan théâtrale de velours bordeaux, que je tente de capturer ces envolées de lettres. Au Théâtre Libre — ce vaisseau qui porte si bien son nom pour accueillir ceux qui défient l'apesanteur des carcans — mes mains et mes pieds se sont blottis, vingt racines cherchant la sève d'une adaptation de chair, d'os et d'étoiles du chef-d'œuvre de 1989.
Sur ce quai de craie, Xavier Gallais endosse le costume du Professeur Keating. Si l’on cherche en lui la profondeur abyssale ou l’émotion à vif d'un Robin Williams, on pourra le trouver moins fin, plus retenu dans ses élans. Pourtant, là où Williams était un orage permanent, Gallais est une boussole d'une justesse absolue. Son jeu, dépouillé de certains artifices, dessine un capitaine, oh mon capitaine, qui ne triche pas : il est là, présent, vrai, ancrant le texte dans une réalité palpable et rigoureuse. Le texte, lui, est un animal sauvage qui hurle de rire : un Roméo face à une Juliette-homme et une nourrice qui s’égosille sur différents tons, un Richard III décalé qui troque son royaume pour un cheval dans une tirade digne du compère Cyrano. On ne regarde pas, on dévore. La bouche ne se contente pas de rire, elle boit cette poésie qui refuse les graphiques en abscisses pour devenir un acte de séduction cosmique, un rempart contre l'oubli.
Olivier Solivérès, ce chef d’orchestre des ombres, a transformé la scène en une horloge monumentale où les décors respirent. Entre le clair-obscur des secrets et la lumière crue qui nous prend à témoin, la salle de classe devient une mise en abyme où nous, spectateurs, redevenons des élèves aux pupitres de l'invisible. Keating nous force à mâcher les « Carpe Diem » comme des fruits défendus, nous rappelant au passage que cueillir le jour n’est pas le chaos d’une révolte vaine ou de faire n’importe quoi, mais l'exigence de saisir chaque opportunité pour sculpter sa propre pensée et protéger la liberté de nos songes.
Le navire tangue. Un coup de feu déchire la toile. C’est la métaphore brutale de l’esprit que l'on veut mettre en cage. Mais l’esprit humain est un muscle de lumière : il se nourrit de versets et de révoltes pour apprendre à nager dans l'océan du réel.
À l’heure où la culture s’asphyxie sous le carton mâché et les héros de pâte à modeler « écrantisés », ce spectacle est un acte de résistance. Il nous rappelle qu’un homme qui sait rêver est un homme libre. Ma rime, je l’ai trouvée, elle s'écrit en trois lettres de sang et de ciel : ART. C’est mon arme innocente pour vous dire que cette histoire a recousu mon enfance à mes désirs de poésie pour écrire ma vision du monde.
Et vous, quelle sera votre rime ? Pour la trouver, rejoignez la meute, levez-vous sur vos bureaux intérieurs et hurlez avec nous ce rugissant YOP qui fait trembler les étoiles !







Commentaires