L’Expérience Théâtrale (Théâtre de la Michodière, Paris) : Un hymne furieux au lever de rideau.
- bjullian

- 27 déc. 2025
- 2 min de lecture

« Bam bam bam ». Je frissonne. Trois coups. Un pour la Reine, un pour le Roi, et un dernier pour nous : ce peuple croulant d’impatience, littéralement avalé par le velours rouge profond du vieux théâtre de la Michodière. Je me blottis dans cette légende théâtrale, un brin romantisée, mais qui s’en plaindra ?
Surtout quand le rideau s’ouvre sur le décor surprenant de L’Expérience Théâtrale : de simples fauteuils nus, faisant face aux nôtres. Un miroir brut. Qui sont finalement les rats curieux de ce laboratoire artistique : nous ou les acteurs ? Sommes-nous les interprètes d’une salle qui s’ignore, et eux, nos spectateurs attitrés ? Ce jeu labyrinthique entre anecdotes et légendes commence ; je me hâte de m’égarer dans ces fourrés de surprises.
François Berléand joue… Berléand. Mais il le fait dans une composition impeccablement naïve et sincère. Il nous observe. Dans le noir, mon œil en lampe de poche sourit : il sent que le rire va couler, encore et encore. La comédienne que je suis se retrouve prise dans cette toile, enfermée dans une mise en abyme de son propre métier.
C’est une très belle idée que celle de Laurent Ruquier : prendre du recul sur cette étrange mécanique entre celui qui joue et celui qui regarde. Qui attend quoi ? Qui veut quoi ? Qui sortira indemne de ce labyrinthe ? Certainement le Théâtre lui-même. Dans cette période de crise culturelle, il retrouve ici toute sa splendeur. L’auteur en montre l’implacable nécessité et la douce folie, tant le lieu regorge d’histoires.
Nous voguons dans une sorte de caverne de Platon version humour, où les deux comédiens projettent la lumière sur nos connaissances du métier pour en révéler la grandeur. C’est une conférence dialoguée, un échange complice où Max Boublil peine parfois à garder son sérieux, et c’est précisément ce qui nous fait rire.
Peut-être que la passionnée que je suis aurait aimé une plongée "neurones écartés" plus crue, plus dérangeante. Quelque chose qui surfe sur la vague du non-bien-pensant. Ici, tout reste sage, sur un ton bon enfant. On aime, bien sûr, mais qui n’aime pas aussi nos petits démons et nos excès d’émotions ? C’est aussi cela qui se danse au cœur du plateau, c’est aussi cela que le peuple vient chercher dans le secret d'une salle.
Amoureux des acteurs, du partage et du sourire : courez participer à cette course assise dans ce laboratoire qui nous ouvre ses portes. À la sortie, n’attendons plus : maintenant que nous sommes hors de la caverne, il est temps de prendre un ticket pour votre prochain spectacle. Les spectateurs que les acteurs sont n’attendent que vous.
Vous êtes les acteurs de notre culture. Sans vous, nous, comédiens, ne sommes que les spectateurs d’une salle vide.







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