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Du Charbon dans les Veines - Par Jean-Philippe Daguerre

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • il y a 3 jours
  • 2 min de lecture

« C’est avec les fruits du hasard qu’on fait les meilleures compotes ». La sentence tombe à la louche et j’ai une faim d’ogresse. C’est donc au hasard du Palais Royal que je décide de saisir ma pioche, de me grimer la face à l’encre noire et de braver le froid pour paginer ma propre mine.


Le fessier trépidant sur un strapontin qui fleure le charbon et le feu de bois, je plonge dans le décor d'un vieux bistrot dont le toit abrite une volière. Je découvre cette tribu jouant aux cartes de l’amour sous l’œil philosophique de Sosthène, ancien mineur qui ne cesse de rebondir entre les mots et les images.


Le décor s'enracine, les personnages aussi : le poète-mineur de père en fils, l’ours colérique au cœur fondant, la belle étrangère et son accordéon de cannelle, les pères inquiets et la mère qui redresse les âmes. La trame de ce monde pauvre coule à flot et les thématiques se bousculent : le triangle amoureux, les relations père-fils, la vie quand la mort s’annonce... le tout rythmé par une fanfare d'émotions.


C’est là le nerf de la mine : dans ce choix choral, tant de thèmes sont abordés que leur résolution se fait parfois aussi brusquement qu’une chute de pierres. On cherche, jusqu'au dernier rideau, un enjeu de granit plus tranchant, moins bien-pensant, pour donner à cette troupe un peu plus de chair et moins de mots.


Néanmoins, on descend avec délice dans la gueule noire d’une mise en scène inventive. L’espace scénique est magnifiquement pensé, jouant sur la simultanéité des plans sous un éclairage intime, rappelant les souterrains dangereux d’une mine. Jean-Philippe Daguerre sort son œil cinématographique pour nous plonger dans l’intimité des organes familiaux où les liens de sang et d’amitié se mêlent sans crainte des cicatrices. Par son écriture tendre et légère, il nous rappelle que dans les profondeurs se jouent des airs d’accordéon. Entre le charbon et les veines, la vie ne peut se cacher : même dans le noir, le sang se rappelle à nos devoirs... de vivre.


Alors ne craignons pas de partir : aimons, tombons, courons ! Vivons comme des pigeons voyageurs sans cage. Nos poumons s'encrassent à trop respirer le charbon d'une société étroite, au détriment de nos veines qui ne demandent qu'à se nourrir du sang de l’amour.

 
 
 

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