Curiosité, par la Compagnie Haspop-Cirque du Grand Lyon
- bjullian

- 3 janv.
- 2 min de lecture

Le quai des songes ou la géométrie du vertige
Happée par les courants d’air du Palais des Congrès, je me suis retrouvée, presque malgré moi, déportée sur le quai d’une gare singulière. Ici, les valises sont humaines et le « train-train » quotidien a déraillé pour laisser place au merveilleux. Bien enfoncée dans mon siège, les yeux affamés d'horizons, j'ai regardé mon corps s'abandonner à la symphonie des wagons, activée par des acrobates-horlogers et des danseuses de lune.
Au centre de ce tumulte magnétique surgit Hassan. Tel un génie échappé de sa propre lampe, il est cet ovni mélancolique gravitant entre la poésie muette d’un Chaplin et la grâce suspendue d’un Gene Kelly. Sous sa direction, le plateau devient un « ring de rails » où les disciplines s’entrechoquent : le hip-hop se brise contre la pole dance, le popping dialogue avec le capilo, créant des tableaux qui ne coulent pas seulement de vie, mais d’urgence. Celle de dire : « Aimez, rêvez, car le train de l'instant est déjà en train de s'évaporer. »
Moi qui croyais le cirque prisonnier de ses prouesses physiques, j'ai découvert ici une narration à cœur ouvert. Haspop relève le pari fou — à l’instar de la merveilleuse RB Dance Company — de marier le muscle au récit, l’envol à l'histoire.
Je me suis laissée trimballer de liane en liane, glissant sur une partition sans parole où le classique et le contemporain s'épousent. Chaque numéro est un fil de précision tendu pour couper, non pas le beurre, mais le leurre de nos illusions d’adultes. En suivant le jeune Eliott, on réalise qu'une simple valise n’est jamais qu’un bagage : c’est une boîte de Pandore lumineuse, la messagère de nos passions enfouies.
Haspop ne met pas seulement en scène un spectacle ; il ressuscite le surréalisme, ce pont fragile jeté entre le sommeil et la veille.
Cher public, si vous sentez votre cœur osciller entre deux mondes, c’est que vous êtes à quai. Courez, ou plutôt dansez jusqu’à ce spectacle qui donne des ailes aux pas. Il vous rappellera qu’entre le rêve et la réalité, il n’y a qu’une émotion de distance. Peut-être qu’au détour d’un changement de voie, vous y croiserez le Petit Prince de Saint-Exupéry, assis sur une valise, attendant lui aussi que le cœur apprenne enfin à regarder autrement.







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