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Critique "L'heure des assassins"

  • Photo du rédacteur: bjullian
    bjullian
  • 19 nov.
  • 2 min de lecture

16h58. Je me glisse, ombre parmi les ombres, dans le velours cramoisi de la Comédie de Paris. J’attends le noir avec un espoir électrique, car l'enquête n'est pas qu'une pièce : c'est une promesse. J’ai troqué mes yeux clairs pour mon œil de détective privé, celui qui voit derrière le tweed. Le rideau s’ouvre, Big Ben ne s'écrie pas, il dégorge son glas de minuit, et la voix d’une cantatrice se mue en une plainte de verre brisé. Alors que le décor londonien se façonne, le public est bien assis, mais il ne le sait pas encore : l’heure des assassins a moins sonné que les murs n'ont commencé à se liquéfier.

Dans une mise en scène aiguisée et froide signée Elie Rapp et Ludovic Laroche, le texte de Julien Lefebvre est un fil d’acier tendu sur la gorge du spectateur. Il n’y a aucune farouche réticence dans la salle, seulement une complicité forcée. L’univers feutré d’un 31 décembre n’est qu'un trompe-l'œil ; le véritable spectacle se joue non pas dans les hauteurs, mais dans les profondeurs psychiques de ce huis-clos glacial. C'est un Conan Doyle, joué par un Pierre Val investi, dont l'habit écossais sent déjà le soufre du soupçon qui mène la danse.

Le meurtre n’est qu’un point de départ : la joie et l’humour du début s’évanouissent, non pas pour laisser place à l’intrigue, mais pour révéler la mécanique interne du mensonge. Les dialogues ne rebondissent pas, ils claquent comme des fouets sur l’échine de l'enquêteur. Le mot "poison" n'est pas lancé, il est déposé sur la table comme une fleur de jais. La tension ne valse pas, elle rampe, lourde et humide, au gré des nouveaux indices. Chaque acteur, avec un talent féroce, devient un prisme du doute, et moi, spectateur, je ne suis plus complice, mais otage de cet interrogatoire impromptu.

C'est une pièce classique dans sa structure d'acier, mais d'une substance mortellement efficace, portée par un texte magistralement ciselé qui tient l'âme en laisse. J'ai souri, j’ai ri, j'ai douté. Assurément, je ne me suis pas ennuyée dans cette brume mentale londonienne. Ce jeu policier est un mécanisme d’horlogerie dont le tic-tac nous vient des bruits du spectacle de toile de fond qui se joue dans les bas-fonds. Si vous avez l’âme d’un enquêteur, saisissez votre monocle avant de venir assister à cette heure où tout est formel et où pourtant, tout bascule.

 

ree

 
 
 

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