Critique "Enfantillages" ou l'art de respirer (Au Funambule Montmartre, Paris)
- bjullian
- il y a 6 jours
- 2 min de lecture

L'Ouverture du Décalage
Dire l’inverse de sa pensée, voilà l'ultime rempart contre la fracture. Le conflit s'y mue en sourire contraint, et l'on ne sait plus sur quel pied danser. C'est l'essence même de ce joyau bien ficelé, habité par deux comédiens à l'engagement volcanique, capables de tordre et de pétrir les mots acerbes et si justes de Léonore Confino.
Le Bal des Poupées de Plastique
Alice invente sa propre cosmogonie : il y a Barbie, il y a Ken, et il y a les cris. Ces éclats sont la seule musique que l'enfant, personnage invisible et pourtant centre de gravité de la pièce, parvient à capter sous ce toit fissuré.
Alors que je me glisse dans l’écrin feutré du Funambule Montmartre, le rideau d’un rouge passion s’ouvre sur un monde de carton-pâte, où les corps se meuvent avec la grâce saccadée de poupées de plastique. Ma tête, devenue un hochet fragile, s’agite : à quel jeu absurde jouons-nous ? Est-ce le royaume d’Alice, où chaque "cri-écrit" des parents est la seule façon pour elle de sculpter sa propre réalité ?
C'est là que réside la cruauté poétique : Alice n'est qu'un prétexte. La véritable énigme est de savoir qui, de Maman ou Papa, est la poupée la plus transparente, celle qui vit dans le délabrement d'un quotidien sans dialogue, le conflit pour seul horizon.
La Quête Absurde de la Respiration
Je m'accroche de mes ongles grinçants aux accoudoirs, tandis que se déversent devant mes yeux les fleuves de pleurs et les geysers de vérités. Ce couple, à la fois si aimant et si destructeur, nous tend un miroir de porcelaine brisé, reflétant notre propre course folle : le flot d’une société où tout est consommation, tout est recherche de la perfection.
L'humain y devient sa propre marionnette. Communiquer n'est plus qu'un outil aussi futile qu’un commentaire instagrammable. Ils sont affables mais jamais à table ; aimants mais jamais contents. Ils se détestent, se terrassent, mais ne peuvent que s'aimer profondément.
Je ressors de cette pièce chargée d’un désir impérieux : respirer.
Le Chant du Dernier Acte
Oui, c’est cela : respirer.
Dans ce monde où l'air se fait de plus en plus vicié, respirer est une fonction vitale que l'on a oubliée. J’inspire et je te dis ce que j’ai sur le cœur ; j’expire et l’on se dit que demain, à deux, sera meilleur.
Le rideau se ferme sur une parade inventive, presque une mélodie funèbre, que nos deux protagonistes ont trouvée pour s'échapper : « Je t’aime à en crever, oui, et moi je t’adore tellement que je te dévore... tu es le meilleur des papas... tu es la plus belle femme de tous mes fantasmes... ». Puis vient la rupture, le silence. « Attends, on joue encore ou...? »
Respire. Car Alice, dans les bras de sa tante, a appris le secret de cette mélodie vitale.
Courez—non, prenez le temps de marcher—jusqu’au Funambule Montmartre pour vous délecter de chaque respiration de cette pièce coup-de-poing. Elle nous murmure, en coin, qu’il faudrait peut-être juste apprendre à se dire les choses simplement, comme une Barbie à son Ken.



