"The Invite", D'Olivia Wilde (Sortie 2026)


« On attend du monde pour le dîner ce soir ? »
Oui. Les émotions. Et celles-ci ont un appétit féroce.
Je me fais gloutonne devant l’écran, avalant cette déferlante de mots, tous plus acerbes, plus profonds, plus sincères les uns que les autres, en attendant l’arrivée du dessert : la vérité sur ce qui fait qu’un moi + toi donne un nous. Un nous plus ou moins bancal, plus ou moins digeste.
Car oui, Olivia Wilde, en reprenant un film espagnol, nous sert sur un plateau le double sens du mot « invitation ». Ici, l’affamée hypersensible que je suis s’invite à la table de l’intimité d’un couple « mort », comme le dira l’un des personnages.
Et quelle table !
Mes papilles émotionnelles se délectent du jeu fantaisistement ingénieux et magnifiquement authentique de ce quatuor de comédiens. Ils jouent avec finesse, avec trouble, avec cette vérité qui nous soulève parfois l’estomac et coupe presque l’appétit tant les questions, elles, coulent à flot.
Le film est un gâteau à plusieurs couches.
Au fond, un couple qui va mal. Seule leur famille, cet « élément (pas si) neutre », les relie encore. Puis arrive un autre couple, libre, lumineux, à l’apparence si parfaite, qui vient déposer sur la table ses recettes du bonheur.
Et puis il y a le miroir.
Le clown noir, le clown blanc. Le rire et le malaise. Le jeu et ce qu’il dissimule.
Mais très vite, la cerise devient grise.
Car la perfection semble n’exister nulle part. Et c’est la sexologue, interprétée par Penélope Cruz, qui finit par nous en dévoiler le cœur : un couple a peut-être deux choix. Reconnaître que quelque chose ne fonctionne plus et se séparer, ou continuer, mais accepter que la relation telle qu’elle existait est morte et qu’il faut en inventer une autre.
Et là encore, l’art tape en plein dans le mille.
L’art met au four les apparences pour n’en garder que les meilleurs ingrédients. Il prend notre vie, ce microcosme étrange et fragile, et la place sous la loupe d’une caméra, des planches ou des mots. L’art est notre meilleur miroir.
Notre ennemi adoré.
Celui qui nous regarde quand nous préférerions détourner les yeux. Celui qui transforme nos petits mensonges en grandes questions. Celui qui met en lumière ce que nous cachons sous la nappe, entre deux plats, derrière un « ça va » suivi d’un « mais ».
Parce que le couple est un drame. Pas forcément parce qu’il finit mal. Parce qu’il est beau, complexe, vivant. Parce qu’un moi + toi ne donne jamais simplement un nous. Il faut sans cesse le cuisiner, le goûter, le rater parfois, recommencer.
Alors, pour manger à votre faim, dévorez l'art. Il vous laissera peut-être un peu de satiété. Juste assez pour en redemander. Car le couple, au fond, n’est qu’émotion.



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