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« LE MANUEL DE LA JEUNE MARIEE 1957 » de Virginie Lemoine, Théâtre de La Bruyère

Photo du rédacteur: bjullian
bjullian
il y a 4 jours
3 min de lecture

Ma plume se pare de sa plus belle robe de mariée pour défiler sur les lignes du mariage parfait, selon un manuel datant de 1957. C’est donc avec dentelle que mes mots vont ici se poser. Je fais le vœu solennel d’accrocher sur vos visages le plus éclatant des sourires blancs en vous léguant ce mince verbe.


Mon encre convient-elle aux règles de bienséance et de bonnes convenances de ce manuel aberrant mais bien vivant ? Cinq comédiennes survoltées et gracieuses mariées à un musicien live prennent à bras l’alliance ce sujet et décortiquent chaque ordre, chaque conseil que la jeune mariée doit suivre pour rendre heureux son époux. Vous y croyez ? Que la fête commence !


Dans une mise en scène très féminine, aux couleurs roses, drôles et acidulées, et sur un ton des plus ironiques et grinçants, les artistes se débattent avec un thème fort d’actualité. Mariage pluvieux, mariage heureux, mariage fugueux surtout… car comment ne pas fuir en entendant l’absurdité de ce manuel qui passe l’alliance au doigt d’une femme sans fond, objet d’une maison qu’elle doit calibrer à l’image de l’époux, au risque de se faire divorcer de la société.


Le thé ? Oui, mais sans politique : la femme ne pense pas. La santé ? Oui, mais sans parler de maladie : la femme ne souffre pas. Le repas ? Oui, mais comme l’aime le mari. L’activité physique ? Oui, mais seulement si c’est du ménage, du grand ménage : la femme ne doit surtout pas prendre de poids. Les enfants ? Oui, encore et encore, jusqu’à ce que le corps lui-même devienne une maison à remplir pour obtenir la médaille d'or.


Ma plume continue-t-elle ou se met-elle à nu ?


Elle tombe alors, la robe, reprise à la fin dans un défilé de femmes mariées parfaites, toutes cabossées d’histoires tragiques. Car derrière chaque « oui, je veux », il y a une histoire. Et parfois, derrière l’histoire, il n’y a déjà plus de choix.


« Il ne peut pas me donner de plaisir sexuel. » Oui, je n’ai pas le choix.

« J’ai vingt-cinq ans passés. » Oui, je n’ai pas le choix.

« Il est rebutant. » Oui, Je n’ai pas le choix.

« On m’a mise enceinte. » Oui, Je n’ai pas le choix.


À chaque récit, le mariage se pare d’une nouvelle justification, jusqu’à ce que le « oui » lui-même perde son sens. À force de dire oui, le choix finit par disparaître. Ma plume blanche se teinte alors de chair rouge feu.


Car derrière cette critique cousue de tissu blanc, d’ironie et d’humour noir, Virginie Lemoine avec juste finesse et douce intelligence nous convole en justes noces de questionnement. La femme n’est-elle pas encore cette chose qui doit rendre heureux un homme en devenant l’être parfait, sans que cela soit réciproque ? Une femme est-elle seulement un ventre rebondi tous les neuf mois ? Est-elle réellement libre de ses choix ? Doit-elle se plier, se taire, renoncer à son propre plaisir ?


À quel doigt de la main accroche-t-on nos droits ?


C’est ici que l’art fait son entrée dans la noce. L’art se pare de son plus beau costume pour nous rappeler, dans un sourire d’un blanc éclatant, que sous la dentelle gît l’aiguille. Celle qu’il ne faut jamais lâcher. Celle qui pique encore lorsque l’on croit la robe terminée.


Car les droits des femmes, eux, ne sont jamais définitivement cousus.


Alors, qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui ? Venez au théâtre. Les artistes ont choisi de défaire quelques points de couture.

 
 
 

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